À la suite du discours du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, posant les jalons d'un futur dialogue inter-congolais, les réactions se multiplient. Entre adhésion prudente, rejet catégorique et exigences de neutralité, la scène politique congolaise est en ébullition.
1. La CENCO dénonce une « surdité persistante » du pouvoir
Face à la crise multidimensionnelle que traverse le pays, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, adopte une posture radicale. Il fustige ce qu’il considère comme une indifférence du pouvoir face aux interpellations citoyennes.
Pour l'Église catholique, la paix ne peut émerger tant que les intérêts géopolitiques priment sur la dignité humaine. Mgr Nshole appelle à un dialogue sans exclusive :
« Nous sommes arrivés au temps du dialogue. Nous voulons un dialogue qui réunisse tout le monde, sans exception, qu’ils aient été condamnés ou non. Si l’on se contente de condamner, rien ne changera sur le terrain. »
2. Envol rejette une initiative « unilatérale »
Le parti Envol a exprimé de sérieuses réserves dans un communiqué publié le 3 février 2026. Pour cette formation politique, les conditions préalables fixées par le Président compromettent la sincérité du processus.
- Contestation du cadre : Envol estime qu'un dialogue crédible doit reposer sur la liberté de participation et l'égalité des acteurs.
- Argument constitutionnel : Le parti rappelle qu'aucune disposition de la Constitution ne confère au seul Chef de l'État le pouvoir de définir unilatéralement les contours d'un dialogue national.
3. Le PPRD dénonce un « monologue de légitimation »
Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) qualifie l’initiative de contradictoire. Par la voix de Ferdinand Kambere, le parti fustige l'idée de confier ce dialogue à des institutions issues d'élections qu'il juge « chaotiques ».
- Critique de la justice : Le PPRD dénonce une justice instrumentalisée qui rend impossible toute décrispation politique.
- Position : Pour le parti de Joseph Kabila, ce format n'est qu'un « monologue » visant à légitimer un pouvoir aux abois.
4. Ensemble pour la République : Un « simulacre » sans médiation neutre
La formation de Moïse Katumbi a rejeté le format proposé ce 2 février 2026. Tout en reconnaissant la nécessité vitale d'un dialogue, Ensemble pour la République pose ses conditions :
- Médiation neutre : Le parti exige une médiation portée par la CENCO et l’ECC.
- Refus du "conclave entre alliés" : Le dialogue ne doit pas être une rencontre de convenance, mais une opportunité d'affronter les causes profondes de la crise sécuritaire et sociale.
5. Lamuka « prend acte » et privilégie les résultats
À contre-courant des autres blocs de l'opposition, la coalition Lamuka semble valider l'initiative. Son porte-parole, Prince Epenge, a déclaré que l'essentiel réside dans les objectifs et non dans le décorum.
« Que le dialogue se tienne à Kinshasa ou ailleurs, sous l'égide de M. Tshisekedi ou de ses institutions, le plus important est qu’on libère nos territoires au Kivu et en Ituri. »
6. Emery Okundji (FONUS) : Le problème du manque de confiance
Pour Emery Okundji, député honoraire et cadre du parti FONUS, les conditions posées par le Chef de l'État créent une « confusion totale ».
- Défiance envers les institutions : Il estime que les parties prenantes n'ont pas confiance aux institutions actuelles pour garantir leur sécurité ou mener des débats impartiaux.
- Proposition : Il suggère au Chef de l'État de s'en remettre aux médiateurs africains, jugés plus neutres et capables de garantir un consensus constructif.
Dialogue national : Les réactions contrastées de la classe politique et sociale
Synthèse : Un dialogue à la croisée des chemins
L'analyse des positions exprimées révèle une fracture profonde entre la vision du sommet de l'État et les attentes des forces vives de la nation. Si le principe d'un dialogue national fait l'unanimité comme remède à la crise sécuritaire et politique, les modalités d'exécution constituent aujourd'hui une pierre d'achoppement majeure.
D'un côté, le pouvoir prône une approche institutionnelle et souveraine ; de l'autre, une large partie de l'opposition et de la société civile exige une neutralité absolue et une inclusivité totale pour éviter ce qu'ils qualifient de "monologue de légitimation". Le défi pour les semaines à venir sera de transformer ces divergences en un consensus minimal, sans quoi la cohésion nationale tant recherchée risque de rester un horizon lointain.
Par CKM
